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Déclaration de l’honorable Albertine Maganga Moussavou lors de la déclaration de la politique générale de Monsieur le Premier Ministre Raymond Ndong Sima Assemblée nationale (jeudi 12 avril 2012)
Article posté le 30-05-2012
| 2 Commentaires postés

Monsieur le Premier Ministre,

Vous venez d’accomplir une sorte de rituel, la déclaration de politique générale. Votre prédécesseur à cette fonction aura excellé dans cet exercice quelques deux années auparavant. Les résultats, vous les connaissez vous-même, puisque son action a été décriée par ceux-là même qui lui ont, ce jour là, accordé leur confiance. Votre déclaration vous place donc dans une situation inconfortable dans la mesure où vous-même le peuple gabonais et moi savons qu’elle ne mènera nulle part et qu’elle se terminera comme toutes celles qui l’on précédés, aux oubliettes.

Non pas que je sois trop pessimiste, mais à regarder la réalité en face, le pouvoir dont pouvait disposer un Premier Ministre est désormais entre les seules mains du Président de la République par l’intermédiaire des Agences qui lui sont directement rattachées. D’ailleurs, vous avez été récemment convoqué à la Présidence pour vous faire expliquer le fonctionnement du Nouvel Etat dont vous ne connaissiez pas la quintessence, lorsque vous n’étiez que Ministre de l’Agriculture. Et dire que l’on nous a toujours vanté la cohésion de l’action gouvernementale, avec par contre un gouvernement à deux vitesses, les initiés et les non-initiés. En niant l’Etat, voire le gouvernement par une sorte de privatisation des moteurs de l’action gouvernementale, vous devenez ainsi une sorte de faire valoir.

Je suis loin de vous plaindre, mais je plains particulièrement le sort réservé à notre pays, à son peuple qui attendra encore longtemps les fruits de "l’émergence", slogan dont on l’abreuve depuis trois ans. Alors, comment ce peuple peut-il envisager "l’avenir en confiance", autre slogan phare du moment !

Monsieur le Premier Ministre,

Vous demandez au peuple gabonais de vous faire confiance lorsque vous ne détenez aucune véritable solution aux crises multiformes qui minent le Gabon :

1-   1 - Crise dans le secteur de l’Education, notamment dans le monde universitaire auquel j’appartiens. Pour la petite histoire lorsque j’ai commencé à enseigner à l’Université OMAR BONGO  en 1978 à 26 ans, j’avais des étudiants de 1ère année de mon âge et même plus âgés. Si la décision de ne pas accorder la bourse au-delà de 27 ans avait été prise à ce moment-là, beaucoup ne seraient pas aujourd’hui les hauts cadres de l’Administration qu’ils sont devenus. Au demeurant, une bourse d’étude est aussi une façon de redistribuer des revenus dans un pays où les ressources tirées du sous-sol appartiennent à tous les gabonais, population très faible vivant cependant dans une extrême pauvreté, quand certains peuvent dépenser plusieurs centaines de millions de francs CFA pour leurs emplettes quotidiennes et le proclamer sans sourciller !

Par ailleurs, est-il normal d’infantiliser les enseignants du supérieur comme vous le faites aujourd’hui simplement parce qu’ils aspirent à un logement  décent indispensable pour leur travail, ce qui commence par l’octroi d’une parcelle de terrain, dans un pays vide d’habitants et dont des espaces conséquents peuvent être viabilisés, pourvu qu’on y mette un peu de volonté ! Que dire de la menace d’une année blanche, signe d’un grand malaise de l’université !

2-Crise dans le secteur de la santé et de l’action sociale

Le Gabon dit "émergent" continue à avoir des dispensaires sans médicaments et sans infirmiers. Que dire des femmes qui accouchent à même le sol ou qui meurent en donnant la vie. Que dire de la non application de la loi n°2/2000 du 02/01/2000, portant protection sanitaire et sociale de la femme, de la mère et de l’enfant promulguée depuis 2000 mais dont les textes d’application ne sont toujours pas pris en compte 12 ans après. Une loi visionnaire qui prévoit la libération de la contraception, le paiement des allocations familiales directement aux mères, l’établissement d’une carte de mère de famille nombreuse donnant droit à des réductions dans les transports publics, la création de structures adaptées à la prise en charge de l’enfant en difficulté etc.... Pouvons-nous ainsi atteindre les objectifs du millénaire en la matière ?

3-Crise de la route.

La route Monsieur le Premier Ministre, moteur de tout développement et facteur d’unité nationale. Nous venons de réaliser un prodigieux bond en arrière c’est-à-dire que nous sommes revenus une quarantaine d’années plus tôt (fin des années 1960-début des années 1970), période, ou élèves au Lycée Léon Mba, nous passions des semaines et des semaines à Kango à attendre que le bac puisse à nouveau  fonctionner. On peut se féliciter du démarrage de la route de Medouneu, mais cela aurait pu se faire plus tôt, sans attendre qu’une des piles du pont ne s’effondre. Espérons que ces travaux aillent à leur terme. Et puis que dire de l’ensemble du réseau routier gabonais, pays dit « émergent » ! Le Gabon dans ce domaine est sans doute le pays le plus arriéré d’Afrique et les gabonais stoïques continuent d’emprunter des pistes d’éléphants Cahin-caca, notamment le tronçon Libreville-Kango dont les travaux annoncés avec tambours et trompettes sont au point mort. Tout cela représente un véritable frein au développement du transport et partant de notre Economie !

4-Crise du travail

Monsieur le premier Ministre, parlons-en !

Le chômage, notamment celui des jeunes, ne cesse de progresser, plongeant ceux-là qui représentent l’avenir dans un pessimisme noir. Malgré toutes les promesses qui leurs sont faites pendant les campagnes électorales, les jeunes restent vulnérables et donc en marge du "Gabon Emergent", tout en continuant de proclamer que la jeunesse est sacrée ! Je ne parle pas de l’inexistence du véritable tissu de PME/PMI gabonais lorsque celles qui essayent de résister sont vouées à la mendicité auprès des multinationales pour la sous-traitance des marchés publics ! Que dire de l’augmentation du SMIG, une véritable chimère !

 

5-Crise de l’habitat et du logement.

Les gabonais particulièrement ceux de Libreville vivent dans des conditions précaires, dans des quartiers non viabilisés, sans eau, ni électricité, dans des logements de fortune. Malgré la promesse faite par le Président de la République de construire 5000 logements sociaux par an, là encore, les gabonais résignés attendent toujours. Vous parlez de la livraison de 1000 logement fin 2012, eh bien, qui vivra verra !

6-Crise voire déficit démocratique

Avec l’absence d’une véritable volonté politique pour mettre en pratique la biométrie et accepter la transparence électorale, quand le Président de la République s’empresse de féliciter M. MACKY SALL, Président sénégalais démocratiquement élu, comme pour se dédouaner et faire bonne figure !

7- Crise morale enfin

Le Gabon tient malheureusement la tête du hit-parade de la criminalité, de l’insécurité organisée et planifiée par ceux là mêmes dont le métier est pourtant d’assurer la sécurité des personnes et des biens, je veux parler des forces de sécurité et de défense de plus en plus impliquées dans les crimes y compris contre leurs propres frères d’arme. Monsieur le Premier Ministre, cette situation est grave et dangereuse car elle place chaque gabonais dans l’angoisse permanente.

A propos des crimes dits « rituels », perpétués semble t-il par des politiciens véreux, les gabonais vous attendent sur la question. La concrétisation de la promesse faite par le Président de la République de faire appliquer la loi dans toute sa rigueur et ainsi de punir les lampistes et les commanditaires de ces crimes crapuleux est attendue, certes sans grand optimisme.

L’impunité n’a que trop durer dans notre pays. Il est temps d’agir pour effacer le scepticisme dans lequel vivent les gabonais et qui explique le fossé qui se creuse entre les hommes politiques et les citoyens. Peut-on la aussi envisager «  l’avenir en confiance » lorsqu’on n’a pas foi en la justice ? Une justice à géométrie variable qui punit les plus faibles (voleurs de boites de sardines par exemple parce que qu’ils ont faim) et laisse libres les puissants, (commanditaires d’assassinats pourtant connus !) drapés dans leur arrogance !

Monsieur le Premier Ministre,

L’Emergence malheureusement ne se décrète pas, ne se chante pas; elle se construit pas à pas, pour le bonheur du plus grand nombre. Handicapé que vous êtes avec des Ministres pour la plupart inexpérimentés, l’émergence est assurément une grande utopie. Le Président de la République attendra longtemps, pour le malheur des gabonais, l’accélération qu’il vous a prescrite sans vous donner ni les moyens financiers, encore moins les femmes et les hommes suffisamment outillés pour relever les nombreux défis d’un pays qui va  à vau-l’eau pour le mettre sur les rails du développement.

Monsieur le Premier Ministre, il m’est difficile de vous croire lorsque vous dites que vous allez faire en sorte que le Gabon produise 1000 tonnes de légumes. D’où viendront ces légumes, du Cameroun voisin ou des producteurs gabonais ? Vous le savez mieux que quiconque, pour avoir été Ministre de l’Agriculture, L’Etat ne met rien en œuvre pour soutenir aussi bien les agriculteurs que les éleveurs. D’ailleurs les spécialistes de ces deux pans de l’Economie gabonaise ont déserté depuis longtemps le terrain pour occuper plutôt des postes de bureau. Alors avec qui pensez-vous atteindre l’autosuffisance alimentaire ?

Monsieur le Premier Ministre, parlons peu mais parlons bien !

Monsieur le Premier Ministre,

Avec les 12000 milliards que vous avez confié à l’Agence Nationale des Grands Travaux, pilotée pour l’essentiel par des non-nationaux, comment vous assurer que tout ce jackpot mis entre leurs mains ne prendra pas les chemins de l’exil et donc servira réellement à trouver des solutions aux problèmes des gabonais ?

Monsieur le Premier Ministre,

Pour toutes ces raisons, je ne vous accorderai pas ma confiance. Que peut représenter une voix, ma seule voix dans un océan d’uninanisme, me diriez-vous. Eh bien, Monsieur le Premier Ministre, ma voix vaut son pesant d’or, car elle dit tout haut ce que beaucoup ici présents devant vous pensent tout bas. Elle porte en elle la détresse, l’indignation, le manque de confiance en la politique de l’émergence que l’on prône depuis trois ans sans résultat concret.

Je vous remercie.

 



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J'ai parcouru avec intérêt et attention ce discours de l'Honnorable Albertine Maganga Moussavou. La députée a dénoncé à sa manière,dans un jeu de mots directs et sans management,la situation politique économique sociale et culturelle du pays.Je partage sa lecture parce qu'il s'agit ici d'un vécu existentiel qui ne peut laisser indifférent.Le Premier Ministre n'a plus aucun pouvoir,ne gère rien,la gestion de son travail est centralisée par des agences qui ne dépendent pas de lui mais de la Présidence de la République...Tout tourne au ralenti,pour ne pas dire ne tourne pas du tout...
Commentaire posté par Sandrine NGUEME(Gabon) le 27-07-2012
Je voudrai signaler aux lecteurs d'un tantinet austères ou délétères qu'au lieu de "management",je voulais dire "ménagement" dans la phrase "dans un jeu de mots directs et sans managements".Prière de remplacer "management" par "ménagement". Ce discours est effectivement sans MENAGEMENT,parce qu'il traduit la volonté d'"une députée" soucieuse non seulement d'un changement véritable dans la gestion de l'économie du pays, mais dit aussi avec une truculance justifiée et soutenue ce que moi j'ai constaté... Ce style est le plus souvent celui des Existentialistes engagés !! Dire qu'on en compte de nos jours !! Souvenez-vous du beau discours de Thomas Sankara en 1987 à Addis Abéba !! Pour finir,des femmes courageuses,il en faut dans notre pays et il en a (même si elles sont très rares),en voici UNE !!!
Commentaire posté par Sandrine NGUEME(Gabon) le 27-07-2012

 
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